Rencontre inopinée






Une simple promenade aura suffit. Oui tu sais c'était un jour comme les autres pour moi, je m'étais réveillée de bonne humeur, prête à vivre ma journée apaisée et heureuse. J'écoutais les informations quotidiennes ou bien plutôt je les entendais, le téléphone crachant des nouvelles peu réjouissantes. 
Et puis je m'étais décidée à sortir, une envie soudaine, comme ça, juste pour prendre l'air. 
A ce moment là, je ne pensais pas que cette balade prendrait un tournant si décisif sur ma vie. 
Je ressentais une forme d'innocence, d'insouciance, comme si je découvrais tout pour la première fois. Comme une enfant, je souriais bêtement à tous les passants, j'étais dans mon monde, ma bulle, le teint grisâtre de la ville me paraissait beau et agréable. Tout était réuni pour que cette journée soit rayonnante. 

Et puis c'est à ce moment que je t'ai vu, toi seul d'abord. 

Adossé contre ce mur, tu n'avais pas 18 ans. Ton regard, comme je me souviens de ce regard, perdu dans le vide, sans lueur, les yeux cernés. Les mains dans les poches, je ne savais pas ce que tu attendais. Et moi j'étais là et j'avais peur, peur de passer devant toi parce que tu sais j'avais tellement entendu d'histoires sordides, j'avais trop regardé la télévision qui me montrait des images insensées et stupidement moi j'y croyais, je pensais que c'était un reflet de la réalité, oui je le pensais vraiment. 

Alors j'ai changé de trottoir. 

Et tu m'as regardé. Puis tu as baissé la tête. 
Et soudain mon angle de vue s'est agrandi et j'ai aperçu cette écriture sur le mur derrière toi "Help". 
Je t'ai regardé. Puis j'ai baissé la tête. 
Une sensation étrange m'a envahie, un mal être que je n'avais jamais ressenti avant, mon coeur s'est serré lorsque je t'ai vu t'échapper dans ce bâtiment sombre, tu rejoignais d'autres personnes. Des personnes vouées comme toi à rester dans l'oubli. 

Durant le reste de la journée je songeais à ce regard qui m'avait percuté si violemment. Ton visage s'inscrivait dans ma mémoire et je savais qu'il ne partirait pas. Tu étais relégué au rang de personne sans importance, transparente, que l'on observe du coin de l'oeil la peur au ventre. 

Je pensais que je m'habituerai, que je m'habituerai à passer dans cette rue, à te voir, toi et tes amis hurler de l'intérieur l'injustice qui vous entourait chaque jour. 

Mais on ne s'habitue pas à la détresse. On ne s'habitue pas à la misère. Non on ne s'habitue pas à l'ignorance dont vous faites face. Comment pouvait-on dormir tranquillement avec ces images ancrées dans la tête ? 

Ta dignité s'était envolée avec ton enfance. 

Tu avais traversé l'inimaginable seul et enfin tu avais atteins la destination tant espérée mais ce rêve devenait, jour après jour un cauchemar. 
Tu n'étais alors auparavant que des chiffres, des reportages, des articles de presse à mes yeux, tu n'étais qu'à peine réel. Mais aujourd'hui nos chemins s'étaient croisés et je ne pouvais plus faire semblant d'ignorer cette situation révoltante, même avec la meilleure volonté du monde. 

Deux possibilités s'offraient à moi, l'ignorance ou la révolte. Et disons que la première ne m'était pas familière. 

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